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L'économie africaine 2020
En un peu plus de 100 pages, « L’Économie africaine 2020 » dit l’essentiel des tendances macroéconomiques et quelques-uns des grands enjeux structurels à l’oeuvre sur le continent : industrialisation, urbanisation, endettement… Thomas Mélonio, directeur de l'Innovation, de la recherche et des savoirs à l’Agence française de développement (AFD), présente ce condensé éclairant produit par les chercheurs de l’AFD.

tmQuel est le parti pris de ce petit livre ?

Thomas Mélonio : Il y a un vrai besoin d’analyse et de pédagogie sur l’économie africaine. Nous avons voulu y répondre en renouvelant tout d’abord la façon dont celle-ci est généralement présentée : on propose une vision continentale et panafricaine – l’Afrique dans son entièreté ! –, là où beaucoup la coupent en deux, entre Maghreb et Afrique subsaharienne. C’est en fait la transcription en analyse d’une dynamique politique et économique réelle et sur laquelle parient de nombreuses entreprises et institutions.

Par ailleurs, la recherche sur l’Afrique souffre souvent de deux écueils : l’hypermétropie des études de détail, sans vision continentale, ou bien la myopie d’une vision trop générale qui manquerait de capacité à voir les spécificités de chaque région…  Nous essayons de proposer une vision équilibrée, de long terme. Un cheminement entre les perspectives continentale et locale à travers cinq grandes entrées thématiques, cinq entrées qui laisseront place à cinq autres lors de la prochaine édition de l’année prochaine. Ce volume doit être vu comme le premier d’une collection « L’Économie africaine » qui est lancée avec les éditions La Découverte.

On sent aussi la volonté de s’attaquer à quelques idées reçues tenaces…

C’est vrai. Des idées reçues qui existent en France comme en Afrique. Par exemple, celle qui laisse à penser que l’Afrique se développe par les matières premières, alors que l’Angola, le Nigéria ou encore l’Afrique du Sud ne vont pas très bien… 

Cela peut marcher dans certains cas, quand les ressources sont importantes et la population faible mais, en général, un modèle de développement qui repose sur l’exploitation de ressources finies est absurde d’un point de vue économique et capitalistique ; il atteint très vite ses limites. On se développe en fait plutôt par l’humain, les investissements, la gouvernance… Ce sont aujourd’hui plutôt les petits pays d’industrie, de services, et d’agro-industrie qui évoluent vite : Rwanda, Sénégal, Côte d’Ivoire, Botswana, ou les petits États insulaires de l’océan Indien. 

Une autre idée reçue concerne le Grand Sahel que l’on voit souvent uniquement comme une zone de conflits alors que c’est par ailleurs une région qui vit un fort dynamisme économique. On peut aussi évoquer la question de la migration africaine : elle est en majorité dirigée non pas vers l’Europe ou les pays de l’OCDE mais vers les pays du continent et elle est plus jeune, éduquée et féminisée qu’auparavant. La « ruée vers l’Europe » parfois évoquée ne correspond pas vraiment à la réalité dans son ensemble. Au fond, j’espère que le lecteur sortira de ce livre avec une vision réaliste et raisonnablement optimiste de l’économie africaine.

Quelles conclusions en tirer pour une institution comme l’AFD ?

Le développement est parfois très abstrait. Il nous semble important de mettre en débat et partager ce que nous faisons. Le travail de nos chercheurs permet aussi de mieux guider nos opérations, nos financements et la qualité du dialogue que nous avons avec nos partenaires.

L'économie africaine 2020, éditions La Découverte, 126 p., janvier 2020
L'économie africaine 2020, éditions La Découverte, 126 p., 10 €, janvier 2020.

Un chapitre porte par exemple sur la « rurbanisation » : ce phénomène qui voit des populations s’urbaniser tout en restant au même endroit parce que des villages ruraux deviennent peu à peu des villes, petites ou moyennes. Une sorte d’exode rural sur place, particulièrement important au Sahel. Il s’agit de bien le comprendre pour accompagner des projets d’éducation, d’assainissement ou de santé au bon endroit et à la bonne échelle.

Un autre chapitre porte sur la gestion des enjeux fonciers au Mali. On observe une montée des conflits liés au foncier et aux ressources naturelles. En parallèle, de nouvelles réponses, qui s’apparentent aux communs définis par Elinor Ostrom, sont expérimentées et constituent une voie vers un nouveau contrat social. Encore une fois, c’est essentiel de les comprendre pour les soutenir au mieux.

Notre activité en Afrique est importante – plus de 50 % de nos financements et 85 % de l’effort financier réalisé par l’État via l’AFD lui sont consacrés – et elle va continuer à s’accroître. Tout ce qui peut contribuer à mieux appréhender la situation et à partager des connaissances pour ensuite agir au plus juste est essentiel.

 

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